Rébellion post-opératoire

Les mains, photo d'Alain Bachellier

Mes chères petites mimines, vous n'imaginez pas à quel point je suis fier de vous. Je savais que je pouvais vous faire confiance. Vous m'offrez un ultime plaisir avant le grand silence. Comme j'aimerais vous applaudir! Mais vous savez que sans vous, c'est impossible.

Après l'accident, ils ont trouvé dans mon agenda cette carte où j'exprimais ma volonté de laisser la médecine prélever ce qu'elle veut. Après tout, si ça peut sauver des vies. Ce n'est pas quelques organes en moins qui troubleront mon long sommeil.
En dix minutes, le chirurgien a fait le tour de ma dépouille avant de conclure sur un pathétique "tout est pourri là-dedans, refermez-le et faites suivre!"
Hein ?! Quoi ?! Comment ça, tout est pourri? Pas même un petit rein?
Quelle humiliation !

Je suivais l'infirmière qui poussait le chariot à roulette sur lequel gisait ma carcasse inerte. Elle me conduisait certainement à la morgue. "Tout pourri". Ça résonnait encore en moi. Heureusement, un appel lui ordonna de faire prestement demi-tour. Il venait de se produire un autre accident. Un homme armé d'une scie sauteuse avait tranché les mains de son épouse avant de les donner en pâture à ses chiens. Le chirurgien voulait m'examiner à nouveau et étudier l'éventualité d'une greffe.
Oui, c'était possible. Ah, tu vois bien que tout n'est pas pourri!
Tout s'est accéléré. On m'a transbahuté fissa vers un autre bloc opératoire où m'attendait déjà la pauvre mutilée.

Ma joie d'aider une innocente victime fut de courte durée. Sous le drap vert, je découvris avec effroi l'identité de celle à qui mes mains étaient destinées.
Madame Cronchou! Ma première nourrice. La garce. Celle qui me claquait les fesses dès que je quittais la chaise sur laquelle je devais attendre sans bouger le retour de ma mère. Celle qui minaudait devant mes parents et louait ma gentillesse alors qu'elle me giflait dès que j'ouvrais la bouche. Cette vieille p*te de Madame Cronchou!
Hors de question! Doc', y a pas moyen! Je refuse catégoriquement de lui donner mes mains. Hélas, un esprit peut s'égosiller ad vitam aeternam, ses cris ne sont pas entendus du commun des mortels...

Il a tranché. D'un coup sec. Le hachoir a fait dzimmm!
Deux heures plus tard, la sale bique avait mes mains au bout de ses bras.
Vision d'horreur, je l'imaginais déjà faire sa toilette intime, ou pire encore!
Son réveil douloureux apaisa un peu ma colère...

Aujourd'hui, je jubile.
Après plusieurs semaines de rééducation, rien à faire, mes mains refusent de lui obéir. Elles restent inexorablement recroquevillées et soudées l'une à l'autre. Félicitations, les copines! Elle n'est pas prête de fesser et gifler. Je plains son mari. Il a du en subir lui-aussi pour en arriver là. T'es toute seule, Cronchou! Et sans le concours de mes mains, t'es pas sortie de l'auberge. Gniark gniark !

Mais... Mais...
Quelle est cette douce torpeur?
Je m'efface? C'est quoi ce déli...

/o\

Contribution au diptyque 2.1 d'Akynou qui demande d'écrire un texte à partir d'une photo donnée.

 

NotaBene :
Ce billet a été initialement publié sur la première version du blog.

Ce billet a reçu les commentaires suivants :

dom :
heu... Hé ben m'sieur Orpheus, elle t'a vachement traumatisé la mère Cronchou...

Orpheus :
dom > Elle s'appelait presque comme ça et n'était pas aussi terrible. J'ai exagéré un rien pour les besoins de l'histoire...
Dois-je voir un psy ? clin d`oeil

Panama :
Après les sexy petits pieds d'Orpheus, on a droit à ses jolies mains. Avec le temps, tous les espoirs sont permis...

akynou :
eh bien. Voilà du nouveau. Je crois que ces mains-là en auront vue de toutes les couleurs.
C'est super. Merci souriant

Orpheus :
Panama > Pfff: meuh nan, ce ne sont pas les miennes !
Akynou > Bah c'est moi qui te remercie pour ce divertissement. A la prochaine...

Traou :
J'adore le sort que ces mains connaissent au fil des textes !
Et d'être les mains de la mère Cronchou, à défaut d'être le plus enviable est au moins le plus drôle !

sandrine :
Traumatisme ! J'espère que c'est pas mon atelier de menuiserie qui t'a traumatisé...

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