Câlins dominicaux

Après les violences des petites misères de la semaine, j'attendais avec une impatience certaine ce dimanche dans le giron parental.
A mille lieues de me douter qu'une vague d'affection allait me submerger.

Après une matinée et un repas à se raconter nos vies respectives en long large et travers, le train-train familial reprend son cours. Maman est assise à une extrémité du canapé et regarde une émission télé enregistrée quelques jours plus tôt. Papa est remonté à l'étage pour bidouiller sur son ordinateur.
Je m'installe un peu plus loin sur le canapé et regarde le reportage (le droit d'accès à l'eau en Afrique et les actions de Danielle Mitterrand). Très intéressant mais là n'est pas le propos.

Subitement, un besoin m'envahit et je glisse lentement pour poser ma tête sur les genoux de Maman avant de m'allonger de tout mon long.
Je sens qu'elle a l'air surprise, qu'elle est sur le point de me sortir une vanne. Je sens aussi qu'elle se ravise et se contente de passer son bras par-dessus moi pour me caresser doucement la main.
Tout à coup j'ai quatre ans. Si j'osais je sucerais mon pouce. Mais déjà mes jambes se sont repliées. On se contentera de la position fœtale sans le désir de succion…
Pause tendresse intemporelle.

Le reportage terminé, j'entends mon père descendre les escaliers.
Il va tout gâcher.
"Ben alors, c'est quoi ça? Tu ne crois pas que tu as passé l'âge du complexe d'Œdipe?
- Gna gna gna gna (j'ai pas trouvé meilleure réponse!)
- Vous me faîtes penser à la photo que j'ai dans mon portefeuille, bougez pas, je vais la chercher."
Et il quitte le salon. Je me redresse aussitôt et regarde ma mère avec les yeux écarquillés.
"Il a une photo de nous dans son portefeuille ?!?"
Mon paternel étant plutôt du genre autiste au niveau des démonstrations affectives, vous imaginez ma surprise. Une photo dans son portefeuille. Ça veut dire qu'il nous veut tout le temps avec lui. Ça veut dire aussi que parfois, il la sort et la regarde en pensant à nous. Oulala, c'est pas son style pourtant. Et encore moins de nous le dire. Il revient rapidement et extrait devant nous la photo de sa cachette.
"- T'avais trois mois. C'était à Drancy
- Je me rappelle du divan de tissus vert.
- C'est parce qu'on l'a trainé une bonne dizaine d'année encore.
- Elle est en bon état ta photo pour une antiquité.
- L'originale reste dans l'album de famille. Mais celle-là, je l'aime bien. Quand elle commence à être usée, j'en fais un retirage."
Une boule commence à monter à la gorge.
Oh non, il ne va pas m'avoir aussi facilement…
On respire, on avale. Je contrôle…

C'est tout léger que je suis rentré chez moi en fin de journée.
Les batteries rechargées à bloc d'amour parental.
J'allume l'ordinateur en arrivant. Parmi les mails et pourriels, un message de mon père.
"J'ai pensé que tu apprécierais un scan de l'original. Bisou. Papa"
On respire, on avale…

Mère et fils dans le canapé

 

NotaBene :
Ce billet a été initialement publié sur la première version du blog.

Ce billet a reçu les commentaires suivants :

Olivier Autissier :
Ah, si ça doit être bon...

alain :
Si tu savais comme c'est dur pour un père de manifester ses sentiments à ses enfants surtout à partir de leur adolescence bluesEt parfois un petit déclic....pour moi le brésil m'aide beaucoup
profite à fonds souriant

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